French Practice - La famille(Texte 1 Les Faux-Monnayeurs roman dAndr Gide(1926 Cest le moment de croire que jentends des pas dans le corridor se dit

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La famille (Texte 1) Les Faux-Monnayeurs, roman d’André Gide (1926)C’est le moment de croire que j’entends des pas dans le corridor, se dit Bernard. Il releva la tête et prêta l’oreille. Mais non: son père et son frère aîné étaient retenus au Palais1; sa mère en visite ; sa sœur à un concert ; et quant au pruîné2, le petit Caloub, une pension le bouclait au sortir du lycée chaque jour. Bernard Profitendieu était resté à la maison pour potasser son bachot3; il n’avait plus devant lui que trois semaines. La famille respectait sa solitude ; le démon pas. Bien que Bernard eût mis bas sa veste, il étouffait. Par la fenêtre ouverte sur la rue n’entrait rien que de la chaleur. Son front ruisselait. Une goutte de sueur coula le long de son nez, et s’en alla tomber sur une lettre qu’il tenait en main : « Ça joue la larme, pensa-t-il. Mais mieux vaut suer que de pleurer. » Oui, la date était péremptoire. Pas de moyen de douter : c’est bien de lui, Bernard, qu’il s’agissait. La lettre était adressée à sa mère; une lettre d’amour vieille de dix-sept ans ; non signée. « Que signifie cette initiale ? Un V, qui peut aussi bien être un N... Sied-il4d’interroger ma mère ?... Faisons crédit à son bon goût. Libre à moi d’imaginer que c’est un prince. La belle avance si j’apprends que je suis le fils d’un croquant5! Ne pas savoir qui est mon père, c’est ça qui guérit de la peur de lui ressembler. Toute recherche oblige. Ne retenons de ceci que la délivrance. N’approfondissons pas. Aussi bien j’en ai mon suffisant pour aujourd’hui.» Bernard replia la lettre. Elle était de même format que les douze autres du paquet. Une faveur6rose les attachait, qu’il n’avait pas eu à dénouer; qu’il refit glisser pour ceinturer comme auparavant la liasse. Il remit la liasse dans le coffret et le coffret dans le tiroir de la console. Le tiroir n’était pas ouvert; il avait livré son secret par en haut. Bernard rassujettit les lames disjointes du plafond de bois, que devait recouvrir une lourde plaque d’onyx. Il fit doucement, précautionneusement, retomber celle-ci, replaça par-dessus deux candélabres de cristal et l’encombrante pendule qu’il venait de s’amuser à réparer. La pendule sonna quatre coups. Il l’avait remise à l’heure.

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